JNME 2025 – CONCERT #5

Hanna Mesgari, Eclipse des Rêves (CRR de Paris), 9’32

Noé Léonard, L’œuvre au noir (CRR d’Annecy), 7’36

Alice Guerlot-Kourouklis, Mur de séparation #1 (CRD de Pantin), 8’33

Chaimae Arhoune, Call  (CRR de La Courneuve), 10’00

Maxime Levier, D’un geste une éternité (CRR de Toulouse) 6’30

Lucas Zentilin, Asteroide B 612 (CRI de Gentilly), 6’00

Munay Passaqui, Syndiffeonikôn (CRR de Lyon), 6’04


Programme détaillé du concert

Hanna Mesgari, Eclipse des Rêves (CRR de Paris), 9’32

Éclipse des Rêves est une pièce que j’ai composée en m’inspirant d’un poème en persan d’Ahmad Shamlou. Ce poème raconte un combat éternel entre l’obscurité et la lumière. À chaque fois, l’obscurité prend un nouveau visage pour défier la clarté, et une lutte s’engage entre elles. J’ai cherché à retranscrire cette tension et cette dualité à travers la musique, en jouant sur les contrastes et les transformations progressives des matériaux sonores.

Hanna Mesgari, née en 1998 à Téhéran, a découvert le setar à l’âge de 13 ans, un instrument de la musique iranienne. En 2017, elle a intégré l’Université de Téhéran, où elle a obtenu un diplôme de niveau bac+4 en interprétation de musique iranienne, approfondissant ainsi sa maîtrise et sa compréhension de cet art. Installée à Paris depuis septembre 2023, elle s’est initiée à la composition électroacoustique au cours d’un atelier dirigé par Alireza Farhang, qui a éveillé son intérêt particulier pour ce domaine. Elle est actuellement en troisième année d’études au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (CRR de Paris) en composition électroacoustique, sous la direction de Paul Ramage et Jonathan Prager. Parallèlement, elle poursuit un Master 1 en Création musicale et arts sonores à l’Université Gustave Eiffel, en partenariat avec l’INA GRM. En hiver 2024, elle a enrichi son parcours en suivant une formation en composition avec Pierre Jodlowski dans le cadre de l’académie de composition NIMFA – Horizon Étendu, ainsi qu’un cours intensif dirigé par Helga Arias. En 2025, elle a été nommée par le 3IMC pour bénéficier de la bourse de Développement de carrière, un dispositif de soutien à la jeune création contemporaine rendu possible grâce à l’appui de la SACEM. Ses pièces ont notamment été jouées dans des festivals tels que Supersonique, NIMFA, ainsi que dans d’autres festivals en Norvège et en Allemagne.


Noé Léonard, L’œuvre au noir (CRR d’Annecy), 7’36

6 décembre 2023 :
 « C’est quoi ? Un roulement de caisse claire, non de tambour, énorme. C’est de la grêle sur le toit en tôle du temple, ça emporte les chants de Rachel, nous isole chacun dans nos mirages. Je me connecte à la pluie, m’efforce de ressentir son pouvoir, ferme les yeux, me délaisse à elle, sans savoir encore qu’elle m’enseignera… » 

Noé Leonard est un compositeur et danseur basé à Annecy. Tout d’abord formé aux percussions au Conservatoire de Vence, puis aux techniques du son à l’ESRA de Nice. Il entreprit en 2023 un voyage au long cours en Amérique latine, expérience qui lui permettra de remonter, par le fil d’une géographie, jusqu’à sa source intérieure. De ces nouvelles racines, son chemin se fait multiple et trouve résonance dans la diversité de l’enseignement artistique du Conservatoire d’Annecy.


Alice Guerlot-Kourouklis, Murs de séparation #1 (CRD de Pantin), 8’33

Au sein d’un immense réseau de flux transnationaux, nommé “globalisation”, où circulent des capitaux, des personnes, des données, des idées, des marchandises, des images, des cultures, se construisent de plus en plus de murs de séparation ou murs-frontières. 

Instrument architectural de séparation, « performance théâtralisée et spectacularisée »* du pouvoir qui se veut souverain au moins aux frontières nationales, ces murs séparent la plupart du temps les zones riches des zones pauvres. Ils sont aussi, dans certains cas, un instrument d’occupation et d’expansion territoriale. 

Massifs, « obstinément matériels »*, faits de béton, de briques, de fer, d’acier, de barbelés, ou de matériaux synthétiques, ces murs ont des impacts dévastateurs sur les territoires, les communautés, les cadres de vie et les écologies qu’ils traversent et scindent : vies perdues, familles divisées, communautés éclatées, vergers détruits, accès à l’eau supprimés, revenus réduits à néant, avenir politique ruiné, espoirs brisés, des millions de mètres carrés de terre déplacés, des écosystèmes dévastés. Censés être provisoires, ils prennent une forme permanente et prennent place dans un dispositif technologique qui vise à séparer physiquement et répartir spatialement deux populations bien souvent pourtant entrelacées, dans le but de créer un « nous ici, eux là-bas ». 

Au delà de l’absurdité des conséquences (ville et voie de transport scindées, université coupée en deux, agriculteurices séparé•es de leur terre et ayant besoin d’une autorisation de passage), ces « décors politiques »* produisent aussi la violence d’une ouverture des barrières à géométrie variable, autrement dit, une forme de hiérarchisation des vies. 

Ce travail est une première tentative de figurer et de traduire par le son l’idée et le réel des murs-frontières, et forme le premier chapitre d’un projet plus ample autour de ces questions. Ici, études sur les flux, la circulation de différentes matières, réduction d’un spectre riche à une fréquence unique, produire du UN, érosion du son, échange et séparation, échanges et transformations, fusion et partition, l’effacement et la réinscription, réduction de l’espace, dedans-dehors ; lieux de vie qui se transforment en lieux de combats ou de résistance. 
 
Alice Guerlot-Kourouklis est une musicienne, artiste sonore et compositrice résidant à Paris. Diplômée en sociologie, elle a d’abord travaillé en tant que musicienne (accordéon et piano) avant de se consacrer à la composition et à l’art sonore. La composition, qui a émergé de ses pratiques instrumentales (autodidacte, non-orthodoxe, non virtuose et expérimentale), est approchée comme un processus empirique. 

A travers des rencontres et collaborations avec d’autres champs artistiques, elle a librement navigué entre plusieurs esthétiques musicales et  travaillé pour le spectacle vivant, la musique pour l’image et des installations.

Sans jamais avoir abandonné ses réflexions inspirées des sciences humaines, et engagée dans une démarche de plus en plus expérimentale, elle s’intéresse depuis quelques années au travail de traduction musicale et sonore de concepts sociologiques, philosophiques, ou de faits sociaux, tout d’abord dans le cadre du collectif IAKERI qu’elle a co-fondé, puis depuis 2024 dans le champ de la musique électroacoustique. Elle se forme dans la classe de composition électroacoustique du CRD de Pantin. 

* Wendy Brown, Murs (éd. Les Prairies ordinaires, 2009)


Chaimae Arhoune, Call (CRR de La Courneuve), 10’

Cette pièce naît d’un son, à peine perceptible et pourtant impossible à ignorer.

Chaimae Arhoune est actuellement en DEM de création sonore et musique électroacoustique au CRR93 auprès de Jean-Yves Bernhard, et en Master de Création Musicale et Sonore à l’Université Paris 8, elle pratique la musique mixte, combinant électronique, improvisation et instruments acoustiques pour explorer des espaces et états liminaires ainsi que des zones de transition, envisagés comme des espaces de transformation.


Lucas Zentilin, Astéroïde B 612 (CRI de Gentilly), 6’05

Exploration en musique d’une dualité à l’image d’un territoire fictionnel aux allures bien réelles.

Cette pièce explore la mise en espace de la confrontation de sons de guitare électrique et de synthèse sonore.

Ces deux éléments musicaux vont alors s’observer, dialoguer, puis entrer en résonance, brouillant dès lors leurs différences, jusqu’à tenter de s’apprivoiser…

Lucas Zentilin, À la suite d’une formation professionnelle de technicien du son (Institut Supérieur des Techniques du Son, 2023), j’ai découvert l’univers de la musique acousmatique lorsque j’ai commencé à étudier la composition électroacoustique il y a 2 ans au conservatoire de Gentilly.

Passionné de musique expérimentale au sens large et pratiquant de longue date le travail de montage/mixage sur station audionumérique, je désire désormais me consacrer à la création sonore et musicale en tirant mon inspiration de l’art acousmatique.

Mon travail de création se base avant tout sur l’exploration d’ambivalences perceptives telles que la confrontation ou la fusion de sources sonores différentes (sons concrets, instrumentaux, électroniques), ou de types de gestes différents (concrets, vocaux, instrumentaux), mais aussi l’exploration de la dualité entre des sons traités informatiquement (par filtrage, réverbération ou modification de la vitesse de lecture) et des sons non-transformés.


Maxime Levier, D’un geste une éternité (CRR de Toulouse) 6’30

Inspiré d’une visite de la grotte du Pech Merle (Lot).

Plongés dans l’obscurité d’un espace rempli d’échos et de réflexions, où l’eau a travaillé la pierre, nos ancêtres ont peint de mystérieux symboles et animaux

Maxime Levier commence la musique à 12 ans en conservatoire à la guitare, en classique et jazz avant de

se tourner plus tard vers la composition. Diplômé en composition instrumentale en 2024 au conservatoire à rayonnement régional de Toulouse, Maxime se tourne vers la musique électroacoustique en intégrant la classe dédiée à cette musique. Il s’intéresse aussi à la rencontre de sa musique avec d’autres formes d’art (plastiques et visuels, théâtre, musique mixte en live). Il créé pour des lieux qui l’inspirent au gré de ses découvertes dans la région.

Il a déjà pu travailler pour :

La BO d’un film « Le vent se lève » réalisé par les élèves de l’ENSAV à Toulouse. Divers groupes de musique actuelle, notamment le groupe émergeant FAUNES. Il continue de s’enrichir d’expérience que lui propose son cursus au CRR, avec actuellement un projet de rencontre entre les classes de théâtre et les compositeurs pour le festival BYPASS de 2025. Très attaché à l’enseignement depuis 10 ans, il développe son activité de professeur de musique, mettant l’accent sur la diversité des approches pédagogiques (improvisation, création, ateliers de groupe…) dans le centre de Toulouse.


Munay Passaqui, Syndiffeonikôn (CRR de Lyon), 6’04

Syndiffeonikón: mot forgé pour dire « similitude au sein même de la différence ».

Cette pièce, ma première composition électroacoustique, est un espace d’écoute où les sons ne cessent de se co-définir. Rien n’est pur, rien n’est seul : chaque timbre, chaque geste n’existe que par son contraste, sa résonance avec un autre. Il n’y a pas de figure sans fond, pas de forme sans altérité.

Le syndiffeonikón n’est pas un objet, mais une tension en acte. Un être sonore sans contour fixe, dont l’identité est sans cesse repensée par ce qui lui échappe.

C’est une musique d’interstices, de frictions, d’échos croisés, où la différence n’oppose pas, mais compose.

Munay Passaqui est musicien et compositeur basé à Lyon. Son parcours traverse différents univers : guitare classique, jazz, musiques traditionnelles, improvisation, écriture contemporaine et création électroacoustique. Il développe une pratique musicale qui mêle instruments acoustiques, outils numériques et travail du son en studio ou en temps réel.

Son travail s’intéresse aux croisements entre différents langages musicaux, aux formes ouvertes et aux dispositifs électro-acoustiques intégrés à la composition.