JNME – CONCERT #6

Laurent Coulomb, Sonata Seriosa, pièce instrumentale, interprète : Elizabeth Balmas, 19’ (Création française)

John Psathas, One Study, pièce mixte,  interprète : Andres Ramos (marimba), 6’21

Michel Pascal, Colin-Maillard, pièce mixte, interprète :  Pauline Lafosse (harpe), 2’31

Michel Pascal, Elastique, pièce mixte, interprète : Thibaut Prudhomme-Lacroix (hautbois), 1’41

Michel Pascal, Marelle, pièce mixte, interprète : Clément Cecchetti (violoncelle), 2’05

Michel Pascal, Saxescape, pièce mixte, interprète : Florian Gourio (saxophone), 2’46 (Création)

Michel Pascal, Papillon, pièce mixte, interprète : Manon Taquet (clarinette), 2’35

Michel Pascal, improvisation autour des études pour caisse claire, interprètes : Andres Ramos et Florian Gourio, 10’

Michel Pascal, Never Die (pièce acousmatique), diffusion : José Santoro , 14’


Programme détaillé

Laurent Coulomb, Sonataseriosa, op. 64, pour alto solo

Cette œuvre a été écrite en 2022 pour Élizabeth Balmas, dont la musicalité et la virtuosité n’égalent que la simplicité rayonnante. Le talent de la dédicataire explique la virtuosité de l’œuvre, pleine de défis non seulement techniques, mais aussi d’expressivité. Le sous-titre de « seriosa » fait écho au quatuor « serioso » de Beethoven. Quoique cette sonate relève de la « musique pure », sans programme aucun, il s’agit de souligner ainsi la gravité du propos, l’intensité des émotions en jeu et des forces qui doivent être soulevées par l’interprète.

Cette sonate s’inscrit dans l’héritage des formes classiques : mon travail s’inscrit en effet résolument dans une herméneutique de la continuité de l’école française depuis Saint-Saëns jusqu’à Bacri, en passant par Debussy, Ravel, Jolivet et Dutilleux. Aux uns et aux autres, j’emprunte volontiers le goût pour les formes classiques et la recherche d’un certain équilibre expressif, non sans une touche d’emballement romantique, mais aussi une recherche de couleur harmonique qui ne tourne pas le dos à un sentiment de tonalité, de modalité, ou mieux : d’atonalité polarisée. Ma musique est le plus souvent thématique, car chaque thème est une sorte de guide pour l’auditeur.

Le premier mouvement est une forme sonate classique, à deux thèmes avec exposition (répétée), développement (assez beethovénien dans sa conception) et réexposition variée, suivie d’une coda débutant assez librement comme une cadence un peu déboussolée. Le deuxième mouvement est un grand chant élégiaque, sorte de soliloque méditatif destiné à faire vibrer toute la mélancolie de l’alto. Ce mouvement suit une forme en arche (ABA’), dont la partie centrale début par un souvenir du premier thème du mouvement initial, comme un tourment ancien qui hanterait toujours la conscience. Le final est un Capriccio, sorte de course échevelée, hachée de contrastes abrupts, quasi una fantasia. Mouvement fantasque donc, il voit l’alternance d’un mouvement perpétuel au rythme déhanché et d’une mélodie suppliante. Cette alternance de stop and go se résout dans une ultime course à l’abîme en guise de coda furieuse.

Laurent COULOMB (né en 1977)

Né à Montpellier en 1977, Laurent Coulomb entreprend des études en sciences humaines et approfondit parallèlement sa formation musicale auprès de plusieurs maîtres dont Marybel Dessagnes ou Nicolas Bacri avant d’obtenir un DEM de composition instrumentale et vocale. Dans la tradition française alliant clarté d’écriture et attachement à l’émotion musicale et poétique, il développe un langage contemporain soucieux de lyrisme et d’intelligibilité du discours. Il s’intéresse particulièrement au lien entre littérature, spiritualité et musique.

Membre du jury de concours internationaux et lauréat de plusieurs concours de composition, sociétaire de la SACEM et auteur de plus de soixante-dix œuvres instrumentales et vocales, éditées notamment chez Billaudot, Delatour, Klarthe ou À Cœur Joie. Il a collaboré avec la Maîtrise de Radio-France, l’ensemble Sequenza 9.3, l’Orchestre philharmonique de Nice, etc.

Plusieurs de ses œuvres pour voix et ensemble de chambre ont été enregistrées en 2021 sous le titre Okiyo (Passavant) et sa Sonate en duo pour clarinette et harpe a été enregistrée par R. Talitman et J.-M. Fessard en 2022 (Harp & Co) et sa Sonata seriosa pour alto solo est à paraître à l’automne 2025 sous les doigts d’Élizabeth Balmas (Passavant).


Michel Pascal, Colin-maillard pour harpe et électronique :

En fermant les yeux, on pourrait jouer à reconnaître qui joue quand, comme dans un colin-maillard sonore. 

Qui sonne ici, les doigts sur la harpe ou leurs alias numériques?

Michel Pascal, Elastique pour hautbois et électronique :

Les notes du hautbois lancent de petites figures rythmiques au tempo précis, mais en réponse, l’électronique semble à la fois les tendre et les détendre, jouant de son côté à l’élastique.

Michel Pascal, Marelle pour violoncelle et électronique :

Le violoncelle pose ses notes comme des pieds sur une marelle.

Ils lancent des pizz impossibles, qui ont tendance à rebondir comme de tout petits cailloux, et s’échapper peu à peu vers le « ciel », à l’instar des joueurs qui s’y stabilisent.


 Michel Pascal, Saxescape

Michel Pascal, Papillon pour clarinette sib et électronique :

Les harmoniques de la clarinette se déploient vers l’aigüe, diffractant le timbre comme le feraient avec la lumière, les ailes d’un papillon. L’électronique s’amuse aussi à étendre sa tessiture vers l’extrême grave.

Michel Pascal, improvisation autour des études pour caisse claire

Cette improvisation sera interprétée autour des pièces pédagogiques pour caisse claire de Michel Pascal. Les instrumentistes utiliseront le matériaux sonore créé par le compositeur.


Ces courtes études pour instrument solo et électronique ont été conçues en collaboration avec des professeurs d’instrument en conservatoire pour de jeunes élèves en fin de cycle 1 ou en cycle 2. 

Elles ont pour objectif de familiariser les jeunes instrumentistes à la fois avec les sons électroniques, quelques techniques inhabituelles de leur instrument courantes dans le domaine de la musique contemporaine et la lecture d’une partie électronique notée strictement, de manière conventionnelle. 

Faciles et agréables à jouer, elles existent à la fois en version « mixte » avec un fichier-son téléchargeable pour le travail à la maison, et en version « temps réel », qui nécessite un ordinateur et un dispositif ultra léger de commande par pédale. Ce dernier permet à l’instrumentiste d’être suivi par la machine dans sa propre interprétation, plutôt que de se trouver prisonnier du tempo d’un support. Le dispositif comporte aussi la possibilité de ralentir le tempo de la partie électronique afin d’optimiser le travail de déchiffrage et de répétition.

Disponibles en 2024 pour hautbois, clarinette, euphonium, harpe, violon, violoncelle, le projet ambitionne d’en créer une pour chacun des instruments de l’orchestre au cours des prochaines années.


Michel Pascal, Never Die

est l’un des noms donnés à l’arbre Moringa, originaire du sud de l’Himalaya. Sur sol riche comme sur sol pauvre, il est très peu affecté par la sécheresse et grandit rapidement, qu’il soit semé ou coupé. Appelé « arbre miracle » pour ses vertus médicinales, il est aussi capable de purifier les eaux polluées en détruisant 90 à 99% des bactéries, une ressource précieuse face à l’inévitable guerre de l’eau, promise au futur proche, lorsque la somme des eaux captives de la planète menace de passer de nécessité à notre survie, à l’état de poison délétère. 

«Considérez une plante, admirez un grand arbre, et voyez en esprit que ce n’est qu’un fleuve dressé qui s’épanche dans l’air du ciel. L’eau s’avance par l’arbre à la rencontre de la lumière. L’eau se construit de quelques sels de la terre une forme amoureuse du jour. Elle tend et étend vers l’univers des bras fluides et puissants aux mains légères. »
 

Paul VALÉRY

Chaque année, 1500 kilomètres cubes d’eaux usées sont produits à l’échelle mondiale. Les déchets et eaux usées pourraient être réutilisés efficacement pour l’énergie et l’irrigation, mais ce n’est pas le cas. Dans certains pays en développement, 80% de tous les déchets ne sont pas traités, faute de législation et de ressources. 

L’eau est pourant la matrice dont nous sommes tous issus, et constitués à plus de 65%.

L’eau est le matériau central de Never Die. L’eau dans tous ses états, au travers de toutes sortes d’interactions, physiques comme électroniques, notamment en transformant l’émission des sons dans divers instruments de musique, parfois de manière aérienne comme avec flute, clarinette, basson, cor, parfois percussive sur piano ou percussion, et encore frottée comme avec la contrebasse.

Never Die regroupe plusieurs pièces mixtes avec ensemble instrumental, la version « A », est en revanche entièrement acousmatique, elle joue à l’interface entre air, liquide et solide, et a bénéficié de l’aide à l’écriture d’une œuvre musicale originale, de la part de l’Etat français. 

« Pour un esprit, venu d’ailleurs, qui tomberait sur cette Terre et qui en ignorerait tout, l’eau serait un objet de stupeur presque autant que le temps. L’eau est une matière si souple, si mobile, si proche de l’évanouissement et de l’inexistence qu’elle ressemble à une idée ou à un sentiment. Elle ressemble aussi au temps, qu’elle a longtemps servi à mesurer, au même titre que l’ombre et le sable. (…)

Elle a toujours tendance à s’en aller ailleurs que là où elle est. Elle est de la matière déjà en route vers le néant »

Jean d’Ormesson

Michel Pascal

Compositeur français né en 1958. Jean Etienne MARIE, dont il fut le dernier assistant, le présentait ainsi en 1984 : « Passionné de recherche sonore dans cette frange où bruit et son sont indiscernables comme certains horizons marins pris au lever du jour ». En effet, son style reste fidèlement attentif à un raffinement de l’écriture à l’interface entre note et son. Un axe fondamental de son travail concerne la mutation des instruments par leur liaison aux nouvelles technologies. Dans le domaine acousmatique, il en résulte des musiques essentiellement dépendantes du support, mais qui n’absorbent pas totalement les gestes et les sons instrumentaux, ce qui a conduit le compositeur à qualifier ce mode de composition d’acousmatique instrumentale. Il enseigne aujourd’hui la composition électroacoustique au conservatoire de Nice, France.