77 compositeurs essentiels de la musique électroacoustique et électronique

Proposition de Tom Mays comme organisions des ses cours d’histoire de la musique électroacousique..

GROUPE 1 — Avant-garde instrumentale & vision électronique

Les compositeurs pour orchestre dont l’imagination devançait les instruments de leur époque — et qui se sont tournés vers l’électronique pour la réaliser.

Edgard Varèse (1883–1965)

Pionnier qui reconçut la musique comme « son organisé » et, dans des œuvres allant de Ionisation à Déserts et au Poème électronique, introduisit le bruit, la composition du timbre et la projection spatiale dans la salle de concert des décennies avant que la musique électroacoustique ait un nom.

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Varèse concevait le « son organisé » comme une libération de l’harmonie occidentale, affirmant que la musique relevait de l’énergie acoustique plutôt que de la hauteur et du rythme. Sa partition d’Ionisation (1931) pour 13 percussionnistes ouvrit un monde sonore inédit, bien avant que l’électronique ne soit à sa portée ; Déserts (1954) fut la première œuvre majeure à intégrer des bandes électroacoustiques à un orchestre en direct, ces parenthèses électroniques surgissant comme des transmissions d’un autre espace. Poème électronique (1958), composé pour le Pavillon Philips de l’Exposition universelle de Bruxelles (conçu par Le Corbusier et Xenakis), fut entendu par deux millions de visiteurs et demeure l’un des monuments fondateurs de la musique électroacoustique spatiale. Varèse déclarait dès 1936 : « Je rêve d’instruments obéissants à ma pensée et qui, par leur apport d’un monde entier de sons insoupçonnés, se prêteront aux exigences de mon rythme intérieur. »

Œuvres principales

Ionisation (1931) — ensemble de percussions
Déserts (1954) — orchestre et bande magnétique
Poème électronique (1958) — bande trois pistes

Sources

Base Brahms de l’IRCAM (biographie complète et catalogue des œuvres) : https://brahms.ircam.fr/edgard-varese

Fernand Ouellette, Edgard Varèse (Seghers, Paris, 1966) — étude biographique de référence, rédigée à partir d’entretiens directs et d’un accès à la correspondance du compositeur. Ouellette fut l’un des premiers à documenter l’importance de Varèse pour la musique électroacoustique francophone.

Iannis Xenakis (1922–2001)

Architecte et mathématicien devenu compositeur, qui appliqua la logique stochastique, la théorie des ensembles et la physique des mouvements de foule aussi bien à la musique orchestrale qu’électroacoustique, créant des œuvres d’une densité monumentale dont la puissance perceptuelle reste sans équivalent.

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Mathématicien, architecte et compositeur qui introduisit la logique stochastique, la théorie des ensembles et les modèles de mouvements de masse aussi bien dans la musique acoustique qu’électroacoustique. Xenakis fut ingénieur de formation, résistant grec pendant l’Occupation, puis collaborateur de Le Corbusier avant de se consacrer entièrement à la composition. Concret PH (1958), élaboré à partir du crépitement soutenu de charbons ardents, fut conçu pour accompagner l’entrée et la sortie des visiteurs du même Pavillon de Bruxelles que l’œuvre de Varèse. Bohor (1962), pièce huit pistes d’une densité implacable, aurait selon les récits de l’époque provoqué la fuite d’une partie du public lors de sa création ; La Légende d’Eer (1977) représente la pleine maturité de sa vision acousmatique. Son système de composition graphique UPIC, développé au CEMAMu, permettait de dessiner directement le son dans l’espace temps-fréquence. Comme l’écrit Makis Solomos, les œuvres électroacoustiques de Xenakis partagent avec sa musique instrumentale « le même souci de masse, de densité et de mouvement, mais libéré des contraintes de l’exécution instrumentale ».

Œuvres principales

Concret PH (1958) — bande magnétique
Bohor (1962) — bande huit pistes
Orient-Occident (1960) — bande magnétique
La Légende d’Eer (1977) — bande magnétique

Sources

Les Amis de Xenakis (site d’archive officiel, avec catalogue, textes
et documentation du système UPIC) :
http://www.iannis-xenakis.org/

Makis Solomos, Iannis Xenakis (Musiques/Millénaire Trois Éditions,
Mercuès, 1996) — l’étude analytique la plus complète de l’ensemble des
œuvres, incluant les pièces électroacoustiques.


GROUPE 2 — Musique concrète / Musique acousmatique : GRM et au-delà

L’école fondée à la Radio française en 1948 par Pierre Schaeffer posa les fondements de la musique concrète et de sa théorie, et engendra une tradition qui s’étend des premières expériences sur disque jusqu’au répertoire acousmatique de concert international d’aujourd’hui, unifiée par la conviction que le son enregistré, écouté pour lui-même et non comme représentation, constitue le matériau premier d’un art musical entièrement nouveau.

Pierre Schaeffer (1910–1995)

Inventeur de la musique concrète et architecte de sa théorie, qui passa les deux décennies suivant ses premières expériences à construire le concept d’objet sonore et la pratique de l’écoute réduite, codifiés dans le Traité des objets musicaux (1966), fondement philosophique et perceptuel que toute pensée électroacoustique ultérieure a dû affronter.

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Pierre Schaeffer (1910–1995) est l’inventeur de la musique concrète et l’architecte de sa théorie. Polytechnicien devenu ingénieur à la Radiodiffusion française, il fonde en 1942 le Studio d’essai puis, en 1948, réalise les premières études sur disque à partir de sons enregistrés, posant les bases d’un art musical entièrement nouveau. En collaboration avec Pierre Henry, il crée la Symphonie pour un homme seul (1950), première oeuvre concrète d’envergure. Fondateur du Groupe de recherches musicales (GRM) en 1951, il consacre les deux décennies suivantes à construire la théorie de l’objet sonore et de l’écoute réduite, codifiées dans le Traité des objets musicaux (1966), fondement philosophique et perceptuel que toute pensée électroacoustique ultérieure a dû affronter. Directeur du Service de la recherche de l’ORTF de 1960 à 1974 et professeur au Conservatoire national supérieur de Paris de 1968 à 1980, Schaeffer est à la fois le fondateur d’une pratique, l’architecte d’une théorie et le bâtisseur des institutions qui ont porté la tradition acousmatique jusqu’à nos jours.

Œuvres principales

Étude aux chemins de fer (1948) — disque
Symphonie pour un homme seul (1950, avec Pierre Henry) — disque/bande
Études de bruits (1948) — disque
Étude aux objets (1959) — bande

Sources

Pierre Schaeffer, Traité des objets musicaux (Seuil, Paris, 1966) — le texte
théorique de référence ; le Solfège de l’objet sonore (INA/GRM, 1967), avec
trois disques d’exemples, en constitue le complément pratique d’écoute.

Base Brahms de l’IRCAM (biographie, catalogue, bibliographie) :
https://brahms.ircam.fr/pierre-schaeffer

Pierre Henry (1927–2017)

Maître artisan qui quitta le GRM pour un studio privé et consacra six décennies à une musique d’une immédiateté physique saisissante et d’une portée stupéfiante, des Variations pour une porte et un soupir (1963) à la Messe pour le temps présent, touchant des publics bien au-delà du concert.

Ivo Malec (1925–2019)

Compositeur né à Zagreb et longtemps professeur au Conservatoire de Paris, qui apporta l’énergie dramatique et l’imagination orchestrale du modernisme centro-européen dans la tradition du GRM, forgeant un langage de musique mixte d’une rare clarté formelle et d’une tension physique soutenue.

Bernard Parmegiani (1927–2013)

Figure centrale du GRM venue à la composition électroacoustique par le son télévisuel, qui bâtit sur cinq décennies une œuvre d’une précision timbrale et d’une richesse sensorielle exceptionnelles, avec De Natura Sonorum (1975) comme accomplissement le plus célèbre et le plus souvent interprété.

Luc Ferrari (1929–2005)

Électron libre du GRM, inventeur de la « musique anecdotique », démarche qui traite les sons enregistrés comme des personnages d’un récit plutôt que comme des textures abstraites, dont l’œuvre abondante traverse la bande magnétique, l’électronique en temps réel, le théâtre et l’orchestre en alternant drôlerie et lyrisme, érotique et franchise politique, avec la série Presque rien comme point de repère le plus célèbre.

François Bayle (né en 1932)

Successeur de Schaeffer à la direction du GRM, qui codifia la tradition acousmatique en théorie et en pratique, posa l’image-son comme son centre perceptuel, créa l’Acousmonium pour la diffusion spatiale, et bâtit dans des œuvres allant de Jeïta à Erosphère un langage acousmatique d’une ambition cosmique et d’une construction formelle rigoureuse.

Éliane Radigue (née en 1932)

Compositrice qui consacra des décennies à construire, à partir de boucles de rétroaction du synthétiseur ARP, une œuvre d’une lenteur extrême et d’une profondeur méditative façonnée tout au long par la pratique bouddhiste tibétaine, avant de se tourner dans ses dernières années vers les instruments acoustiques.

Beatriz Ferreyra (née en 1937)

Compositrice argentine du GRM dont les œuvres acousmatiques transforment des sons naturels et quotidiens en une musique d’une intimité organique saisissante et d’une profondeur imaginative discrète.

Jacques Lejeune (1940–2008)

Compositeur du GRM qui développa le « polyfigurisme », pratique consistant à tisser des matériaux vocaux, anecdotiques et fantastiques en des œuvres électroacoustiques narratives d’un vrai esprit et d’une réelle ampleur imaginative.

Michèle Bokanowski (née en 1943)

Compositrice française qui développa un langage acousmatique dense et viscéral en étroit dialogue avec le cinéma onirique de son mari Patrick Bokanowski, les deux pratiques se nourrissant mutuellement sur quatre décennies.

Horacio Vaggione (né en 1943)

Compositeur argentin dont la musique par ordinateur opère simultanément à plusieurs échelles temporelles, du grain individuel du microson à l’architecture formelle à grande échelle, rendant audible une pensée compositionnelle nourrie par les sciences cognitives et la théorie des systèmes.

Michel Chion (né en 1947)

Compositeur du GRM et théoricien le plus limpide et le plus influent des rapports son-image, dont les propres concepts, acousmêtre, valeur ajoutée, synchrèse, et les ouvrages, au premier rang desquels L’Audio-vision, ont prolongé la pensée schaefférienne vers les études cinématographiques et façonné la réflexion de deux générations sur ce que le son fait à l’image en mouvement.

Christine Groult (née en 1950)

Compositrice et pédagogue française qui forma une génération de compositeurs acousmatiques au Conservatoire de Pantin tout en développant sa propre pratique des « scénographies musicales », œuvres construisant des espaces acoustiques richement imaginés à partir de sons transformés.

Christian Zanési (né en 1952)

Compositeur, réalisateur radiophonique et directeur du festival Présences Électronique à l’INA-GRM, dont les œuvres acousmatiques poursuivent la rigueur formelle et l’ambition architecturale avec le même engagement soutenu qu’il apporte à la programmation et à la défense du répertoire vivant.

Denis Dufour (né en 1953)

Compositeur acousmatique français prolifique et fondateur du label Motus, dont la musique s’attache constamment à la forme dramatique et à l’arc émotionnel plutôt qu’à la seule texture abstraite, produisant une œuvre d’une directivité narrative inhabituelle.

Åke Parmerud (né en 1953)

Compositeur électroacoustique suédois qui a construit au sein de la tradition acousmatique internationale un langage hautement individuel distingué par une transformation timbrale d’une grande précision et une énergie rythmique rarement rencontrée dans le genre.


GROUPE 3 — WDR / Musique électronique de Cologne

Le studio fondé à la Radio ouest-allemande (WDR) de Cologne en 1951 établit la composition électronique pure, son entièrement généré par des machines sans enregistrement du monde réel, comme tradition rivale de la musique concrète de Schaeffer, forgeant avec le sérialisme un lien qui fit de Cologne le centre de l’avant-garde électronique européenne pendant une décennie.

Herbert Eimert (1897–1972)

Directeur fondateur du Studio de musique électronique du WDR à Cologne, qui défendit le son sinusoïdal pur comme fondement philosophiquement rigoureux de la musique électronique et fit du studio le centre de l’engagement du sérialisme européen avec le son électronique.

Karlheinz Stockhausen (1928–2007)

Figure déterminante de l’école du WDR et compositeur européen le plus conséquent de l’après-guerre, dont les œuvres électroniques de Gesang der Jünglinge (1956) à Kontakte et au vaste cycle Licht repoussèrent les limites de ce que le son organisé pouvait être et signifier.

Gottfried Michael Koenig (1926–2021)

Assistant technique au WDR devenu pionnier de la musique informatique, dont les programmes PROJECT 1 et PROJECT 2 généraient des structures compositionnelles à partir de paramètres sériels, et dont les décennies à la direction de l’Institut de sonologie d’Utrecht établirent l’institution centrale de la recherche en musique informatique en Europe.


GROUPE 4 — École italienne : Studio di Fonologia et au-delà

Le Studio di Fonologia de la RAI à Milan, fondé en 1955 par Maderna et Berio, devint le centre créatif du modernisme musical italien et l’un des environnements électroacoustiques les plus fertiles de l’après-guerre, se distinguant des écoles du GRM et du WDR par son intimité avec la voix humaine et son ancrage dans la culture littéraire et politique.

Bruno Maderna (1920–1973)

Cofondateur du Studio di Fonologia à la RAI de Milan et premier grand compositeur européen à intégrer le son électronique à l’exécution en direct dans la salle de concert, dont la générosité artistique et humaine en fit l’une des figures les plus aimées de l’avant-garde d’après-guerre.

Luciano Berio (1925–2003)

Figure majeure du XXe siècle qui, dans Thema (Omaggio a Joyce) et Visage au Studio di Fonologia, établit la voix humaine transformée comme médium central de la composition électroacoustique, et qui renouvela ensuite chaque forme qu’il aborda.

Luigi Nono (1924–1990)

Compositeur dont les convictions politiques sans compromis façonnèrent un engagement évolutif avec l’électronique sur quatre décennies, des œuvres sur bande à caractère industriel des années 1960 aux chefs-d’œuvre tardifs intimes et murmurants créés à l’Experimentalstudio de Freiburg.

Agostino Di Scipio (né en 1962)

Compositeur et théoricien italien dont les « écosystèmes audibles » font de l’espace de performance un matériau compositionnel, le système électronique écoutant et répondant en temps réel à son propre environnement acoustique, composant avec la rétroaction plutôt que contre elle.


GROUPE 5 — Columbia-Princeton / Musique sur bande américaine

Le Centre de musique électronique fondé conjointement par Columbia et Princeton en 1959, prolongeant les premières expériences sur bande de Luening et Ussachevsky, devint le foyer institutionnel de la composition électroacoustique académique américaine et l’incubateur d’une génération de compositeurs qui définirent le rapport entre instruments en direct et son enregistré.

Otto Luening (1900–1996)

Cofondateur du Columbia-Princeton Electronic Music Center dont les pièces sur bande de 1952, présentées au Museum of Modern Art, comptèrent parmi les premières œuvres électroacoustiques entendues publiquement en Amérique, inaugurant une tradition de musique sur bande institutionnelle qui façonna la composition américaine pendant deux décennies.

Vladimir Ussachevsky (1911–1990)

Compositeur d’origine russe qui s’associa à Luening pour établir la musique sur bande comme genre sérieux aux États-Unis et guida le Columbia-Princeton Electronic Music Center durant ses années les plus actives et les plus influentes.

Mario Davidovsky (1934–2019)

Compositeur argentin dont la série Synchronisms, s’étendant sur plus de quatre décennies, établit le standard définitif de l’intégration d’instruments en direct à la bande électronique par une précision rythmique et une intelligence timbrale qu’aucune œuvre ultérieure dans le genre n’a surpassées.

Charles Dodge (né en 1942)

Pionnier de la musique informatique dont les explorations de la parole synthétisée et transformée, du Earth’s Magnetic Field piloté par des données aux Speech Songs intimes, établirent des modèles pour le traitement informatique de la voix qui furent suivis pendant des décennies.

Paul Lansky (né en 1944)

Compositeur américain de musique informatique dont les transformations de la parole quotidienne, comme dans le très samplé Notjustmoreidlechatter, produisent des mondes sonores d’une intimité déconcertante oscillant entre le reconnaissable et l’étrange.


GROUPE 6 — Expérimental américain & électronique en direct

La tradition expérimentale américaine, new-yorkaise et côte ouest, prit pour point de départ la remise en question radicale de la composition elle-même que Cage formula à travers le hasard, l’indétermination et la dissolution de la frontière entre musique et environnement, et se développa vers l’électronique en direct, les systèmes réactifs et la performance comme forme d’art autonome, produisant certaines des musiques les plus inventives et les plus inclassables du XXe siècle.

John Cage (1912–1992)

Figure déterminante de la musique expérimentale américaine, dont les investigations sur les opérations de hasard, l’indétermination et le silence, enracinées dans la pensée zen, redéfinirent les frontières de la composition et dont l’influence s’étend à la musique, à la performance et aux arts visuels.

Richard Maxfield (1927–1969)

Compositeur central et tragiquement disparu prématurément qui introduisit la musique électronique européenne dans la scène expérimentale new-yorkaise par son enseignement à la New School, où ses étudiants comprirent La Monte Young et Yoko Ono, et dont les propres œuvres sur bande comptent parmi les plus inventives du début des années 1960.

David Tudor (1926–1996)

Pianiste devenu compositeur qui passa de l’interprétation de l’avant-garde à la construction de ses propres instruments électroniques, définissant ce faisant l’électronique en temps réel comme discipline créative indépendante et influençant une génération d’interprètes et de constructeurs.

Robert Ashley (1930–2014)

Créateur d’opéras dont l’œuvre pour voix et électronique, du Wolfman à l’opéra télévisé Perfect Lives, constitue l’un des corpus les plus discrètement radicaux et les plus indéniablement américains du XXe siècle.

Alvin Lucier (1931–2021)

Compositeur américain dont les œuvres traitent les phénomènes acoustiques, la résonance spatiale et le processus temporel comme matériaux compositionnels premiers, le plus complètement dans I Am Sitting in a Room (1969), où les fréquences de résonance d’une pièce transforment progressivement un texte parlé en son pur.

La Monte Young (né en 1935)

Figure centrale du minimalisme américain et de la musique drone dont The Well-Tuned Piano et les installations Dream House poussent la durée, l’intonation juste et l’attention soutenue à leurs extrêmes logiques, créant des œuvres situées à la frontière de la musique, de l’architecture et de la perception altérée.

Gordon Mumma (né en 1935)

Compositeur, constructeur d’instruments et cofondateur du Sonic Arts Union qui développa des circuits « cybersoiques » répondant à l’entrée acoustique en direct, se produisit abondamment avec la Merce Cunningham Dance Company, et dont l’œuvre fait le pont entre les dimensions techniques et théâtrales de l’électronique en temps réel.

Terry Riley (né en 1935)

Compositeur dont In C (1964) lança le minimalisme et dont les systèmes de retard sur bande, développés en parallèle, établirent un modèle de composition en boucle dont l’influence court de la musique ambient à la production électronique contemporaine.

Steve Reich (né en 1936)

Compositeur dont les premières œuvres de déphasage sur bande, de It’s Gonna Rain à Come Out, établirent une nouvelle relation entre processus compositionnel et écoute active qui modifia la direction de la musique occidentale et dont l’influence atteint la musique ambient, la techno et la production électronique contemporaine.

David Behrman (né en 1937)

Compositeur américain, proche de Cage et Tudor, dont l’œuvre évolua de l’indétermination des premiers synthétiseurs vers des systèmes à microprocesseur qui écoutent et répondent à des interprètes en direct, produisant certaines des musiques les plus chaleureuses et les plus véritablement dialogiques du répertoire d’électronique en temps réel.

Alvin Curran (né en 1938)

Compositeur américain et cofondateur de Musica Elettronica Viva à Rome qui a consacré six décennies à accumuler des sons de ports, de montagnes et de radio ondes courtes en des performances solos et collectives d’une grande chaleur, d’un vrai esprit et d’une imprévisibilité féconde.

Maryanne Amacher (1938–2009)

Compositrice américaine qui conçut des œuvres autour des émissions otoacoustiques, sons générés par l’oreille interne elle-même en réponse à certaines fréquences, et qui maintint des transmissions sonores en direct depuis des lieux distants vers des espaces de galerie pendant des jours ou des semaines, faisant de la distance et de la perception elles-mêmes le sujet de la composition.

Annea Lockwood (née en 1939)

Compositrice née en Nouvelle-Zélande dont l’œuvre embrasse la destruction de piano, les cartographies sonores de rivières et les enregistrements géophysiques, poursuivant dans tout cela une esthétique de directité radicale où le son trouvé ou produit porte tout le poids compositionnel sans transformation ni intermédiaire.

Nicolas Collins (né en 1954)

Compositeur, interprète et auteur américain de Handmade Electronic Music dont les instruments circuit-bent et l’électronique artisanale font le pont entre la tradition de musique expérimentale et une culture électronique populaire, tirant improvisation et invention de l’accessible et du mis au rebut.


GROUPE 7 — Musique informatique : Bell Labs / Stanford / Princeton

La tradition américaine de recherche en musique informatique prit racine dans l’invention de la synthèse sonore numérique par Max Mathews aux Bell Telephone Laboratories à la fin des années 1950, et se développa à travers le Center for Computer Research in Music and Acoustics de Stanford et le studio de Princeton, institutions qui posèrent les fondements techniques sur lesquels la quasi-totalité de la musique numérique ultérieure a été construite, et dont les chercheurs poursuivirent une curiosité aussi bien compositionnelle que scientifique.

Max Mathews (1926–2011)

Ingénieur électricien aux Bell Labs qui inventa la musique informatique dans sa forme moderne, développant à la fin des années 1950 les programmes de synthèse MUSIC dont le modèle de générateurs unitaires devint le fondement conceptuel de presque toute la synthèse logicielle ultérieure.

James Tenney (1934–2006)

Compositeur et théoricien qui travailla aux Bell Labs au début des années 1960, produisant certaines des premières musiques informatiques les plus sophistiquées tout en reliant la philosophie de Cage à la science acoustique rigoureuse, et qui construisit un corpus d’écrits théoriques sur l’harmonie et la forme qui a influencé la pensée des compositeurs à travers les générations.

John Chowning (né en 1934)

Chercheur à Stanford dont la découverte de la synthèse FM en 1967, concédée sous licence à Yamaha et réalisée dans le synthétiseur DX7, fut l’événement le plus commercialement déterminant de l’histoire de la technologie de la musique électronique, tandis que ses propres compositions exploraient les dimensions perceptuelles du mouvement sonore spatial.

Jean-Claude Risset (1938–2016)

Compositeur français qui travailla aux Bell Labs avec Max Mathews, mena des recherches fondatrices sur la synthèse par ordinateur des sons instrumentaux et des illusions auditives, et créa des œuvres électroacoustiques d’une grande richesse perceptuelle explorant le seuil entre harmonie et timbre.

Laurie Spiegel (née en 1945)

Compositrice et conceptrice de logiciels américaine dont Music Mouse (1985) et The Expanding Universe (1980) définirent une alternative à la musique informatique académique, alliée à la pratique en solo, au processus naturel et à une beauté accessible que le courant principal du domaine recherchait rarement.


GROUPE 8 — Musique spectrale & IRCAM Paris

L’école spectrale développa un langage compositionnel ancré dans l’acoustique du son lui-même, prenant le spectre harmonique, le timbre et la résonance comme matériaux premiers de la forme musicale plutôt que comme couleurs appliquées à des structures préexistantes. Associée à l’IRCAM que Boulez fonda à Paris en 1977 et à l’ensemble l’Itinéraire, elle formula une alternative au sérialisme aussi rigoureuse sur le plan théorique, mais radicalement différente dans ses prémisses : là où Cologne extrayait de l’abstraction de l’électronique, les spectraux trouvaient la musique déjà présente dans la physique de la vibration.

Gérard Grisey (1946–1998)

Fondateur de la musique spectrale, dont Partiels (1975), une texture orchestrale entière dérivée du sonagramme d’un seul son de trombone, est l’œuvre définissante du mouvement, et dont le cycle ultérieur Les espaces acoustiques cartographia les implications complètes de composer à partir de la physique du son.

Tristan Murail (né en 1947)

Cofondateur de l’école spectrale qui en a le plus constamment étendu les principes à l’électronique et à la musique informatique, avec Désintégrations (1982–83) comme œuvre électroacoustique spectrale de référence, une pièce dans laquelle l’orchestre et la bande dérivent d’une seule analyse harmonique unifiée.

Philippe Manoury (né en 1952)

Compositeur français dont Jupiter (1987), première œuvre majeure à réaliser une véritable interaction en temps réel entre un interprète en direct et un système informatique qui le suit et lui répond avec précision temporelle, ouvrit l’ère du suivi de partition et transforma la relation entre interprète et machine.

Kaija Saariaho (1952–2023)

Compositrice finlandaise qui travailla à l’IRCAM et construisit sur des principes spectraux une œuvre alliant science acoustique et sensibilité extraordinaire pour la texture, la couleur et la profondeur émotionnelle, atteignant dans l’opéra à grande échelle un succès rare parmi les compositeurs de la tradition expérimentale.


GROUPE 9 — Électroacoustique britannique

La tradition électroacoustique britannique fut façonnée par le BBC Radiophonic Workshop, les universités de York, Southampton et Birmingham, et un dialogue soutenu avec l’école acousmatique française, produisant des compositeurs d’une forte individualité qui développèrent le traitement de la voix, l’utilisation du son naturel et la diffusion spatiale dans des directions résolument distinctives.

Daphne Oram (1925–2003)

Pionnière qui cofonda le BBC Radiophonic Workshop puis inventa le système Oramics, dans lequel des marques dessinées sur des pellicules contrôlaient directement les paramètres du son synthétisé, réalisant le rêve d’un compositeur de façonner la musique électronique à la main sans intermédiaire technique.

Delia Derbyshire (1937–2001)

Compositrice du BBC Radiophonic Workshop dont la réalisation du thème de Doctor Who (1963), assemblée à partir de sons enregistrés individuellement façonnés bien avant l’existence des outils de production électronique, devint la pièce de musique électronique la plus entendue de l’histoire, bien que ses travaux expérimentaux plus profonds soient restés largement inconnus jusqu’après sa mort.

Jonathan Harvey (1939–2012)

Compositeur britannique qui évolua du sérialisme vers l’IRCAM pour créer des œuvres électroacoustiques d’une résonance profonde, avant tout Mortuos Plango, Vivos Voco (1980), dans lequel les résonances de la grande cloche de la cathédrale de Winchester et la voix de son jeune fils sont transformées en un monde sonore immersif d’une extraordinaire intensité spirituelle.

Trevor Wishart (né en 1946)

Compositeur et théoricien britannique dont la série Vox et Red Bird constituent l’investigation la plus soutenue de la voix humaine transformée comme médium électroacoustique, et dont les écrits théoriques, au premier rang desquels On Sonic Art, fournirent le cadre analytique que le domaine cherchait.

Denis Smalley (né en 1946)

Compositeur et théoricien né en Nouvelle-Zélande, établi en Grande-Bretagne, dont le concept de « spectromorphologie » est devenu l’un des cadres analytiques les plus adoptés dans la musique électroacoustique.

Jonty Harrison (né en 1952)

Compositeur britannique et fondateur de BEAST (Birmingham ElectroAcoustic Sound Theatre) dont les œuvres acousmatiques représentent le genre dans ses ambitions spatiales les plus élevées, et dont l’engagement institutionnel de longue date envers la diffusion en concert et la pratique de la performance a façonné la composition électroacoustique britannique sur trois décennies.


GROUPE 10 — Côte ouest des États-Unis

Le San Francisco Tape Music Center, fondé en 1961 par Morton Subotnick et Ramon Sender, fut l’homologue côte ouest du Centre Columbia-Princeton, mais plus libre dans ses ambitions, plus ancré dans l’engagement politique, et plus étroitement lié aux communautés de performance interdisciplinaire et d’arts visuels de la Baie. Ses compositeurs développèrent des approches de la musique électronique tournées vers la performance en direct, l’improvisation, et l’écoute elle-même comme pratique compositionnelle.

Pauline Oliveros (1932–2016)

Compositrice et théoricienne américaine qui développa le Deep Listening, discipline d’attention méditative soutenue à tous les sons de l’environnement, en une philosophie et une pédagogie qui ont façonné la musique improvisée et électronique pendant des décennies et dont l’influence s’est étendue à la musicothérapie, à la performance et à l’éducation dans le monde entier.

Morton Subotnick (né en 1933)

Cofondateur du San Francisco Tape Music Center dont Silver Apples of the Moon (1967), première œuvre électronique composée expressément pour publication sur disque vinyle commercial, introduisit la musique électronique d’avant-garde dans les disquaires et sur les tourne-disques domestiques, changeant fondamentalement le public du genre.

Maggi Payne (née en 1945)

Compositrice et ingénieure du son américaine au Mills College dont les œuvres électroacoustiques, partant souvent d’enregistrements de terrain ou de flûte traitée, explorent les dimensions émotionnelles et spatiales du son électronique avec une précision et une retenue exceptionnelles.


GROUPE 11 — Acousmatique montréalaise

La scène électroacoustique montréalaise, ancrée dans la Faculté de musique de l’Université de Montréal, la Communauté électroacoustique canadienne et le label Empreintes DIGITALes, développa l’une des traditions acousmatiques les plus distinctives en dehors de la France, combinant l’héritage du GRM avec une sensibilité littéraire et culturelle québécoise. Les œuvres de cette tradition s’engagent fréquemment avec la narration, la mémoire et le paysage sonore, conférant à l’idiome acousmatique une dimension personnelle et poétique inhabituellement marquée.

Francis Dhomont (1926–2022)

Compositeur français établi au Québec dont les œuvres acousmatiques, notamment le cycle Forêt profonde, plongent avec une intensité psychologique rare dans les correspondances entre le monde naturel et le paysage de l’inconscient, poursuivant au sein de la tradition acousmatique un mode intime et confessionnel qui lui est entièrement propre.

Yves Daoust (né en 1946)

Compositeur québécois formé au GRM qui devint une figure centrale de la scène montréalaise, construisant des œuvres acousmatiques qui tissent des images sonores reconnaissables en des structures narrativement suggestives d’une clarté et d’une élégance formelle remarquables.

Gilles Gobeil (né en 1954)

Compositeur québécois dont les œuvres acousmatiques comptent parmi les plus dramatiquement puissantes de la tradition franco-canadienne, musique d’une présence physique et d’une échelle architecturale largement reconnue dans les concours et festivals internationaux, de Bourges à Ars Electronica.

Robert Normandeau (né en 1955)

Compositeur québécois dont le « cinéma pour l’oreille » génère par la diffusion multicanale une richesse narrative et spatiale comparable au cinéma, construisant sans aucun élément visuel des mondes sonores immersifs d’une puissance dramatique et évocatrice considérable.


GROUPE 12 — Paysage sonore & écologie acoustique

Le World Soundscape Project, fondé par R. Murray Schafer à l’Université Simon Fraser de Vancouver à la fin des années 1960, établit l’écologie acoustique comme discipline : l’étude systématique de l’environnement sonore et de ses rapports avec le bien-être humain, la culture et la perception. Les compositeurs qui en émergèrent développèrent une pratique dans laquelle le paysage sonore lui-même est à la fois sujet et matériau, et dans laquelle l’écoute du monde devient inséparable de l’acte de composer.

R. Murray Schafer (1933–2021)

Théoricien et compositeur fondateur du mouvement d’écologie acoustique, dont Le Paysage sonore (1977) établit les études de paysage sonore comme champ disciplinaire, dont le World Soundscape Project à l’Université Simon Fraser forma des générations de compositeurs et de chercheurs, et dont la distinction entre paysages sonores lo-fi et hi-fi offrit aux compositeurs un cadre pour écouter le monde comme une partition.

Hildegard Westerkamp (née en 1946)

Compositrice et écologiste acoustique germano-canadienne dont les compositions d’enregistrements de terrain portent une conscience aiguë de la condition sonore de chaque lieu, son bruit, son silence, sa santé ou sa dégradation, appliquant les méthodes de la défense environnementale à l’acte d’écouter.

Barry Truax (né en 1947)

Compositeur et écologiste acoustique canadien à l’Université Simon Fraser qui étendit le World Soundscape Project vers la musique informatique par une approche distinctive de la synthèse granulaire qui préserve l’identité et le caractère du son enregistré sur le terrain tout en le transformant en composition électroacoustique.


GROUPE 13 — Acousmatique belge

La tradition électroacoustique belge, ancrée dans le studio Musiques & Recherches qu’Henri Pousseur fonda et qu’Annette Vande Gorne porta à maturité, représente l’un des engagements les plus philosophiquement rigoureux avec l’idéal acousmatique en Europe, nourri par la phénoménologie schaefférienne de l’écoute et voué à la diffusion en concert du son fixé comme forme d’art à part entière.

Henri Pousseur (1929–2009)

Figure fondatrice de l’avant-garde belge d’après-guerre qui développa le sérialisme généralisé, fonda le Studio de musique électronique de Bruxelles, et créa l’opéra variable Votre Faust (1961–68), dans lequel le vote du public à chaque représentation détermine comment se déroule le récit, faisant de l’agentivité de l’auditeur un paramètre compositionnel.

Annette Vande Gorne (née en 1946)

Compositrice belge et directrice de Musiques & Recherches dont la pratique de l’« écriture du timbre » et les écrits analytiques ont théorisé la tradition acousmatique avec une rigueur systématique qui la place aux côtés de Schaeffer et Bayle parmi les penseurs les plus importants de la tradition.


GROUPE 14 — Croisements technologiques & électronique populaire

Un groupe hétérogène de compositeurs et d’artistes qui travaillèrent à la frontière entre la musique électronique expérimentale et une audience plus large — dans la pop, le cinéma, la radio et les médias interactifs — et dont l’œuvre contribua à élargir l’idée même de ce que le son électronique pouvait être et faire.

Wendy Carlos (née en 1939)

Pionnière américaine du synthétiseur dont Switched-On Bach (1968) fit découvrir le synthétiseur Moog à un large public, et qui a maintenu une pratique expérimentale en accordage microtonal et en synthèse orchestrale qui étend sa signification bien au-delà de cette percée commerciale célébrée.

Peter Zinovieff (1933–2021)

Compositeur et ingénieur britannique qui fonda EMS et construisit le VCS3, premier synthétiseur commercial portable d’Europe, tout en poursuivant une composition rigoureusement contrôlée par ordinateur dans son studio londonien privé, combinant un impact entrepreneurial et une ambition expérimentale rarement réunis chez la même personne.

Brian Eno (né en 1948)

Musicien et théoricien britannique qui développa la musique ambient comme genre conçu pour s’adapter à n’importe quel niveau d’attention, de l’écoute active à la quasi-imperceptibilité, et dont la pratique de studio comme compositeur, producteur et penseur sonore a diffusé son esthétique à travers la musique populaire, l’art et l’architecture dans le monde entier.

Tod Machover (né en 1953)

Compositeur américain au Media Lab du MIT qui développa des hyperinstruments étendant les capacités des interprètes experts et permettant aux non-spécialistes de faire de la musique avec expressivité, portant la technologie interactive à des échelles opératiques et participatives et plaçant le corps humain au centre de la création musicale électronique.


GROUPE 15 — Japon

Le Japon construisit avec la musique électronique et électroacoustique un rapport singulier, nourri par l’influence de Cage lors de sa visite de 1962, par le collectif Jikken Kōbō des années 1950, et par une génération qui absorba le modernisme européen d’après-guerre tout en restant ancrée dans la sensibilité esthétique japonaise. Tōru Takemitsu demeure la figure qui sut naviguer le plus librement entre ces influences et en tirer un langage entièrement sien.

Tōru Takemitsu (1930–1996)

Figure centrale de la musique japonaise d’après-guerre, qui synthétisa le modernisme européen avec la sensibilité temporelle et l’esthétique du silence tirées de la tradition japonaise, créant une musique d’une attention flottante et d’un espace cultivé qui a influencé les compositeurs électroniques et acoustiques du monde entier.

Joji Yuasa (né en 1929)

Membre fondateur du collectif japonais Jikken Kōbō et voix indépendante dans la musique électronique et orchestrale sur six décennies, engageant le temps et la perception temporelle à travers des concepts japonais de durée et d’impermanence dans une œuvre qui se tient à l’écart aussi bien des traditions dominantes occidentales que japonaises.